Se reconstruire après un traumatisme prend du temps

Se reconstruire après un traumatisme demande nécessairement un retour à soi.
Mais c’est très compliqué de revenir à soi quand on a été maltraité parce que parfois revenir dans son corps, c’est quelque chose qui peut vous remettre face à la blessure que l’on a vécue quelle qu’elle soit. Cela peut vous faire revivre la violence de ce qui a été vécu.
Et revivre des choses que vous n’avez pas envie de revivre et ce n’est pas si simple voire violent.
Il existe un mécanisme de défense très puissant, celui de la dissociation qui est un moyen de pouvoir vivre avec ce qu’on a vécu même si c’est une forme de déni. La dissociation, c’est se couper de ses émotions pour ne plus avoir à les ressentir dans son corps.
C’est un phénomène de protection nécessaire pour que le cerveau puisse continuer à fonctionner mais ce n’est pas viable à long terme car on passe à côté de soi, d’une partie de soi.
Cela peut prendre du temps à reconnaître ce mécanisme et c’est important d’être accompagné par un professionnel surtout quand ce sont des choses qui ne sont pas reconnues par la famille, entendues par la famille, et puis par la personne elle-même.
Parfois, la personne elle-même est dans l’incapacité de reconnaître que c’était traumatisant. Parce que la personne refuse de se voir comme une victime et rejoue inlassablement les mêmes rencontres, que ce soit dans le travail, dans son environnement social et/ou familial.
Il s’agit alors de reconnaître cette partie de soi qui a été victime et d’en sortir, de sortir de ce statut de victime. Y rester serait une erreur pour soi, pour son cheminement mais c’est vrai que la société actuelle reconnaît un statut aux victimes tout en les laissant dans leur statut.
Savoir alors sortir de l’illusion.
Il est aussi important aussi de souligner que se “reconstruire” ne signifie pas effacer ce qui a été vécu, c’est plutôt vivre avec.
Cela demande du courage à la personne de se reconstruire jour après jour sans tomber dans la complainte. Avoir le droit d’être tout simplement heureux, serein, épanoui.
Cela passe par vivre avec ce que l’on a vécu, se réapproprier ses propres limites, à se sécuriser et reconnaitre les signaux d’alerte.
C’est un travail profond, lent, parfois épuisant, mais possible qui demande de la bienveillance pour soi et du temps pour soi avec douceur.
Pas de compromis avec soi-même dans le sens où ouvrir son cœur d’abord pour soi et non pour les autres : cela fait toute la différence dans le corps.
Ouvrir son cœur, ce n’est pas le donner aux autres, c’est le donner à soi-même pour pouvoir recevoir d’abord de soi-même.
Etre suffisant à soi.
Et retrouver une sorte de joie intérieure même si la joie chez les personnes qui ont vécu des traumatismes n’est pas toujours naturelle et spontanée. Elle peut être associé à une forme de danger. car, très tôt associée, à un danger : “quand je me détends, quelque chose arrive”, “quand je baisse la garde, je suis vulnérable”.
Le système nerveux a appris à rester en alerte. C’est comme une épée de Damoclès” : c’est une mémoire corporelle. Un programme de survie ancien et toujours actif.
Partager depuis l’intime expose. Chaque partage est un risque « symbolique ». Être reçue, ou mal reçue. Être compris(e), ou déformé(e). Être respecté(e), ou instrumentalisé(e).
En fait, la sécurité doit précéder la joie. Et pas l’inverse. Beaucoup de discours spirituels inversent cet ordre et deviennent périmés voire dangereux : “sois joyeuse, lâche prise, fais confiance à la vie”. Pour un système, un cerveau traumatisé, c’est impossible. La sécurité d’abord. Le relâchement ensuite. La joie, parfois, en dernier.
L’important est de retrouver cet émerveillement premier de la vie, de s’émerveiller des petites choses pour ressentir cette joie intérieure et profonde.
Quand est-ce que la joie est là ?
Personnellement, dans la contemplation du ciel, dans ma créativité intérieure : pas une joie spectaculaire mais une joie du quotidien, qu’il est important de reconnaitre et de nommer pour ne pas se perdre.
Retrouver une capacité intacte d’émerveillement. Or, l’émerveillement est souvent la première chose que le traumatisme attaque.
Le fait que l’émerveillement soit encore présent, en soi, est un signe de vitalité profonde.
S’autorisez à créer pour soi, ressentir pour soi, vibrer pour soi.
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